Histoire des sous-vêtements féminins

Le mot « lingerie » désigne communément l’ensemble des articles textiles que nous mettons sous les vêtements, d’où leur appellation « sous-vêtements ». On leur attribue des qualités fonctionnelle et esthétique, voire médicale. Les « sous-vêtements » existent depuis des siècles, comme beaucoup de vêtements, mais leur vocation et leurs formes initiales ne sont pas identiques à travers les âges. L’exemple des corsets crétois de l’Antiquité illustre l’aspect ornemental et ostentatoire d’un vêtement, destiné à demeurer caché par la suite1, alors que le reste est dénudé (poitrine de la déesse sur le document présenté en note). La plupart des pièces de lingerie ont fait l’objet de multiples découvertes et redécouvertes. En attestent l’existence de toute une variété de vêtements apparentés ou assimilés depuis notamment que l’on ressent le besoin de se couvrir, se parer, ou encore se re-présenter de différentes façons (cérémonies, rites, statuts sociaux ou professionnels, habits de travail, déguisements, etc.). Depuis la nuit des temps, donc, tout cela existe déjà, avec des variantes dans le temps et l’espace2. Pourquoi dans ce cas, alors, la brassière fait-elle l’objet en 1900 d’une présentation par Mary Phelps Jacobs3 au même titre que le plus grand télescope existant à cette époque, lors de l’Exposition Universelle de Paris, où sont alors rassemblées les plus grandes innovations technologiques ? La brassière n’est pas l’unique sous-vêtement connu, puisque nos rayons modernes regorgent de sous-vêtements destinés aussi bien aux hommes qu’aux femmes, et aux enfants. Ces vulgaires articles de mode retiennent l’attention à la fois des stylistes, des couturiers, et même des savants. C’est qu’il y a matière à réflexion avec tant de diversité. La lingerie rassemble un grand nombre de vêtements différents, auxquelles correspondent différentes qualités, et fonctions. Ces derniers sont faits de matériaux eux aussi multiples. On pourrait penser que les nôtres sont les plus beaux. Mais le XXème siècle regorge de modèles intéressants.

Une grande variété

La statue de la déesse aux serpents déjà mentionnée représente une femme vêtue d’un corset, et d’une jupe, ou pagne, composée de multiples carreaux cousus entre eux. A l’image des bijoux, ces vêtements, que nous nous représentons aujourd’hui plutôt comme des sous-vêtements, bien que les maillots, ou d’autres vêtements apparentés soient mis en public sans aucune gêne, étaient de véritables pièces d’orfèvrerie destinés à être montrés. On peut penser que, par la suite, la tendance se serait inversée, et que ces vêtements, que cela soit dû à des variations de climat, de mode, ou d’usage, soient devenus des sous-vêtements dont le rôle, plus fonctionnel qu’esthétique, aurait été celui de la lingerie que l’on trouve dans les rayons de nos supermarchés, produits pour un grand nombre de personnes, et répondant aussi bien à des standards normés qu’à une grande panoplie de besoins et de caractéristiques différents. La lingerie féminine fait l’objet d’une très forte demande, et l’on trouve des magasins spécialisés, en France notamment, pour les soutien-gorges (Princesse Tam-Tam), ou la lingerie féminine en général (Etam® par exemple). De plus en plus, la lingerie masculine, ayant fait l’objet d’une indifférence totale depuis des siècles, fait elle aussi l’objet de magasins spécialisés en faisant valoir ses droits. Cette catégorie de vêtements semble assez unifiée mais elle rassemble des éléments vraiment disparates et hétérogènes, pour ne pas dire hétéroclites. En effet, sous l’appellation « lingerie », on subsume aussi bien les bretelles de soutien-gorge, que les bretelles traditionnelles, les cravates, les strings, ou culottes, caleçons, soutien-gorges, slips, brassières, chaussettes, que les nuisettes, ou encore, dans certaines boutiques, les chaussons. Le simple fait d’ouvrir un dictionnaire et de consulter l’ensemble des mots relatifs à la lingerie est évocateur à lui seul.

Modèles et savoir-faire dans le temps

L’histoire de la lingerie est riche d’enseignement, puisqu’elle fait apparaître à différents endroits, à différents moments, des similitudes, et des disparités. La brassière serait née au XVIème siècle avant J.-C., et serait réapparue vers 1900. Le corsage de toile et dentelle que nous portons est le descendant d’une armature en métal, qui fait apparition, de temps à autres, dans des défilés de mannequins provocateurs, ou dans des clips qui le sont tout autant. Cela signifie que la lingerie intéresse nos couturiers et fabricants pour de bonnes raisons : c’est une mine d’or aussi bien pour les stylistes que pour les cultures vestimentaires. La déesse aux serpents, et notamment ce qu’elle a inspiré, l’illustre bien, puisqu’elle se situe aux confluents de plusieurs cultures différentes (égyptienne, grecque, et aztèque). Le syncrétisme religieux lui donne une couleur toute particulière. L’histoire de la lingerie est d’ailleurs un thème bien difficile, puisque des notions d’arts plastiques, de couture, ou des talents d’ingénieur ne suffiraient pas à eux seuls pour mesurer les enjeux du succès de tel ou tel modèle. Comment comprendre, par exemple, que les « os de baleine » aient été utilisés pendant la Renaissance pour fabriquer des corsets, alors que les fistules étaient utilisés par les hommes de la Préhistoire pour remplacer nos accessoires de couture ? Tout un tas de paradoxes.

Vêtements ou sous-vêtements : fonctionnalités

La lingerie que nous utilisons est généralement composée de peu de choses, et se porte sous nos vêtements pour couvrir les pieds, les parties intimes, et les seins, notamment. Ce sont des vêtements que nous changeons quotidiennement car ils se salissent vite. Ils nécessitent un lavage séparé, à haute température, pour une hygiène optimale (blanc et couleurs à part si possible). Par ailleurs, la lingerie illustre une particularité du vêtement assez étonnante : on ne sait pas toujours à quoi il sert, mais il possède de multiples fonctions indéniables, que cela soit au regard des sociologues, anthropologues, des spécialistes de la culture générale, ou des stylistes, qui réinvestissent de multiples notions. Certains historiens de la lingerie lui attribuent des vertus médicales. Effectivement, les sous-vêtements auraient pour fonction de protéger le reste du corps de certains « fluides », tandis que les maillots, par exemple, on à la fois pour fonction de couvrir certaines parties du corps jugées indécentes, mais constituent, tout comme certains hauts (corsages, brassières), selon leur coupe, le tissus duquel ils sont constitués, le climat, les usages, des vêtements à part entière. Tout dépend donc du contexte de l’usage, de la culture, et du but recherché. La lingerie représente aux yeux des couturiers un véritable fil d’Ariane pour se guider dans le choix du modèle qui saura séduire ces dames ou ces messieurs, et leur fera connaître le succès. C’est ainsi que, comme le montre un article concernant la lingerie4, certains modèles incontournables auraient été inspirés tout à la fois de Montparnasse et de Manhattan, depuis les « années folles ».

Les classiques au siècle dernier : de Montparnasse à Jean-Paul Gauthier

Tout un courant de mode s’est inspiré de la marque Guia la Bruna, issue d’une usine fondée par son grand-père à Turin, et produisant une lingerie de qualité destinée à une vocation autre que pratique, à la différence de la lingerie de masse répondant à un besoin de mobilité et d’efficacité pendant la seconde guerre mondiale, et conduisant à l’élaboration d’une lingerie destinée au sport au XXIème siècle. Ces modèles auraient été exportés aux Etats-Unis pour promouvoir l’esprit Moulin-Rouge, et aurait inspiré, réciproquement, certains noms de notre mode actuelle, comme, notamment, le célèbre Gauthier. Il faudrait un diplôme en histoire de l’art pour faire état de la genèse des différentes modes afférentes aux modèles connus au siècle dernier, et faisant les couvertures des magazines actuels. Le celèbre roman Le Diable s’habille en Prada évoque différents thèmes, dont ceux de la mode, du travail, et de l’amour. Le film qui s’en est inspiré s’ouvre sur trois scènes touchantes qui font le portrait de trois femmes devant se présenter à un entretien d’embauche : on y voit plusieurs modèles de soutien-gorge différents. Le push-up créé dans les années 40 (voir l’article précité en note), y refait son apparition.

Conclusion

Fil d’Ariane ou tour de Babel pour les stylistes ? Source inépuisable d’idées et de plaisirs, la lingerie demeure un mystère aussi bien sur le plan de sa gestation, puisque la civilisation serait apparue là où le climat rendait le port de vêtements superflu, que de ses raisons d’être, tout comme le sont celles du vêtement de manière générale. Serait-elle née du besoin de se vêtir, ou de celui de se dévêtir ? Trouve-t-elle sa raison d’être dans un enchainement de cause à effet, ou dans une volonté de perdurer ? Doit-on attribuer son succès à travers les modes et les époques au narcissisme féminin, par exemple, et d’ailleurs pourquoi féminin, ou à un besoin vestimentaire dominant ? La lingerie fait souvent l’objet de rayons à part, dans les grandes surfaces, et elle est même parfois, selon certains contenus anecdotiques, laissée pour compte du fait de certaines croyances erronées selon lesquelles leur blancheur immaculée serait plus à négliger que celle des vêtements (ce qui est d’ailleurs tout aussi erroné puisque les vêtements sont souvent colorés et la lingerie non, ou l’inverse). Toujours est-il que, en dépit des apparences, la lingerie a une fonction tout aussi essentielle que l’ensemble des autres vêtements, et nous intéresse non seulement pour son utilité incontestable, mais encore pour son mystère, et ce qui lui appartient en propre, l’intimité, et sa vie privée, qui dépasse parfois le cadre de certains espaces clos, notamment, dans les rayons, mais doit savoir rester ce qu’elle est (énigmatique).